Ce
matin, résignée, je m’extirpe avec difficulté de mon lit pour
me ruer à la gare, espérant y arriver suffisamment tôt pour limiter
l’attente au guichet. La queue ne parait pas insurmontable,
mais elle est
conséquente. Des journalistes sont en train de préparer un
reportage et interrogent les voyageurs. Encore un peu endormie, je
reste silencieuse, écoutant vaguement les conversations de mes
voisins et observant leurs réactions. C’est curieux comme
chacun a réagi différemment, ces derniers jours. Certains se sont
précipités dès le début à la gare pour acheter un billet de train,
et ont réussi à partir tôt. D’autres ont fait des choix un
peu rapides et irrationnels et se retrouvent à faire de
l’Europe en train dans des conditions
cauchemardesques.
Quand
on observe les gens qui font la queue, on retrouve bien ces
différents comportements. Certaines personnes ont en tension
permanente, ne quittent pas des yeux les guichets, comme si cela
allait changer leur sort. D’autres sont aux aguets, courant à
droite et à gauche à chaque annonce. D’autres consultent
frénétiquement internet sur leurs palm, alors que c’est
totalement vain dans la situation actuelle. La conversation porte
sur l’attitude des autorités, prudente ou exagérée ?
D’autres se lamentent sur la désorganisation des compagnies
de chemin de fer, commentant l’organisation des guichets de
vente. Il y aussi des considérations plus physico-météorologiques
sur le nuage de cendres, sa densité, son parcours selon le vent et
la pression atmosphérique. Moi j’observe simplement que les
copenhagois, par compassion, aurait quand même pu s’organiser
pour nous apporter des chocolats chauds dans la
queue.
Pour
ma part, ces derniers jours, je suis passée par différentes phases.
Initialement optimiste, puis en colère, puis préoccupée par les
questions logistiques, j’ai fini par lâcher prise, en me
promenant dans les rues de Copenhague et en écoutant un concert
dans un pub du centre ville. Maintenant je suis résignée. Mais le
sentiment qui a primé en moi ces derniers jours est difficile à
décrire. C’est plutôt un mélange d’inquiétude ou
d’inconfort, lié à la difficulté de prendre une décision avec
tant de paramètres inconnus, et avec une réalité difficile à
accepter. Que faire, rester et attendre que la situation se
débloque, ou partir dès que possible ? Par où rentrer, comment
m’y prendre? Ai-je bien pris la bonne décision ?
Pourquoi n’ai-je pas pris la bonne décision ? Ma
position venait elle d’un choix d’attendre un peu,
espérant que la cohue des premières heures se calmerait…ou
bien du refus d’accepter l’idée d’un retour
chaotique ?
Peu
importe, je fais la queue, et me réveille peu à peu au milieu de
ces inconnus, dans ce hall de gare plein de courants
d’airs.