Les jours passent, l’action s’organise.  posté le mercredi 21 avril 2010 10:18

Les jours passent, l’action s’organise. L’action improvisée des premiers jours s’est organisée, pour aboutir à la création d’un véritable dispositif de gestion de crise, selon une localisation bipolaire Copenhague-Lyon.

Ici, envoyée spéciale à Copenhague, en plein centre du nuage de cendres volcaniques, ma chambre d’hôtel s’est transformée en observatoire du trafic aérien. 

En repli stratégique à Lyon, Luciano, son casque Skype sur les oreilles, et carte bleue à la main gère une cellule d’appui logistique, d’aide à la décision et d’écoute psychologique qui m’est entièrement dédiée, et se tient près à me réceptionner et à gérer le stress post traumatique si j’arrive à rentrer un jour à Lyon.

Connectés via Skype, la cellule de Copenhague et celle de Lyon font le point toutes les 6 heures sur l’évolution de la situation, en examinant les données communiquées par les volcanologues, les météorologues, les autorités aéroportuaires, et les compagnies aériennes. En veille sur les images satellitaires et la carte du trafic aérien, nous surveillons en temps réel l’évolution du nuage de cendres volcaniques, ainsi que la reprise du trafic aérien. Cela s’apparente d’ailleurs un peu parfois à une partie de bataille navale…

Quand aux résultats de ce nouveau dispositif, ils sont tangibles....Je suis toujours à Copenhague. {#}

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Stage linguistique  posté le mercredi 21 avril 2010 10:16

Chaque expérience que la vie nous offre est l’occasion d’apprendre.

Apprendre sur les autres, sur nous-mêmes…et puis apprendre d’autres langues. Ici je fais une sorte de stage linguistique en immersion totale. J’ai appris plein de nouveaux mots anglais, comme « stranded » (bloqué), et « volcanic ash cloud » (nuage de cendres volcaniques). Mais aussi bien sûr quelques mois danois, comme « Hovedbanagard » (gare), « Isstadion » (patinoire), et « Skyggen » (ghost writer)…Attention ça se prononce pas comme ça s’écrit. Et même un nom islandais : « Eyjafjallajoekull ».

Allez on enchaine avec un exercice de prononciation: « CPH : PIX »…c’est le nom du festival de cinéma international de Copenhague. Pour ceux qui ont fait médecine avec moi, ça vous rappelle pas les travaux dirigés de biologie cellulaire ?

Ah c’est chouette d’avoir appris tous ces mots, qui vont sûrement bien me servir à l’avenir !

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Compagnons d'infortune  posté le lundi 19 avril 2010 19:55

A côté de moi, un norvégien, et un suisse, racontent leur périple pour arriver jusqu’à Copenhague. Je suis contente, je suis tombée sur des voisins sympas, au moins je n’ai pas à subir des conversations consternantes ou des lamentations. Ça fait du bien. Je me joins peu à peu à la conversation. Ils en viennent à raconter des blagues sur les différentes nationalités. Nous révisons notre géographie à la lumière du réseau de chemin de fer.

Après plus d’une heure de queue, me voilà arrivée au guichet. Je dois prendre une décision rapide pour l’achat du billet. Je prends la décision de différer un peu mon voyage, afin de voyager dans des conditions correctes. Je me mets tout de suite à regretter ma décision et à me lancer dans de stériles et hypothétiques considérations sur ce que j’aurais du décider. Un trait de caractère.

Raphael, mon voisin, choisit de partir tout de suite. La perspective de rester debout des heures confiné ne lui fait pas peur. Raphael est suisse allemand. Il poursuit son périple depuis Stockholm avec calme et méthode.  En tant qu’ingénieur, spécialisé dans les moteurs de bateaux, pour lui nul doute : les autorités ont bien fait de prendre la décision de fermer l’espace aérien. Il préfère largement rentrer en train que prendre le risque de mourir d’un accident d’avion. J’admire et j’apprécie sa calme détermination. Après deux jours d’errance, il est frais comme un enfant. Nul doute qu’il chemine dans la vie aussi tranquillement, pendant que je m’énerve, que j’hésite et que je regrette.

Après l’achat des billets, on se dit au revoir et chacun reprend sa route. On n’avait pas grand-chose à se dire et on n’arrivait pas bien à se comprendre en anglais, mais les circonstances exceptionnelles ont créé un court moment de complicité. Curieux, dans des conditions habituelles on se serait croisé dans le hall de gare sans même se jeter un regard.

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Saga  posté le lundi 19 avril 2010 19:51

Ce matin, résignée, je m’extirpe avec difficulté de mon lit pour me ruer à la gare, espérant y arriver suffisamment tôt pour limiter l’attente au guichet. La queue ne parait pas insurmontable,  mais elle est conséquente. Des journalistes sont en train de préparer un reportage et interrogent les voyageurs. Encore un peu endormie, je reste silencieuse, écoutant vaguement les conversations de mes voisins et observant leurs réactions. C’est curieux comme chacun a réagi différemment, ces derniers jours. Certains se sont précipités dès le début à la gare pour acheter un billet de train, et ont réussi à partir tôt. D’autres ont fait des choix un peu rapides et irrationnels et se retrouvent à faire de l’Europe en train dans des conditions cauchemardesques.

Quand on observe les gens qui font la queue, on retrouve bien ces différents comportements. Certaines personnes ont en tension permanente, ne quittent pas des yeux les guichets, comme si cela allait changer leur sort. D’autres sont aux aguets, courant à droite et à gauche à chaque annonce. D’autres consultent frénétiquement internet sur leurs palm, alors que c’est totalement vain dans la situation actuelle. La conversation porte sur l’attitude des autorités, prudente ou exagérée ? D’autres se lamentent sur la désorganisation des compagnies de chemin de fer, commentant l’organisation des guichets de vente. Il y aussi des considérations plus physico-météorologiques sur le nuage de cendres, sa densité, son parcours selon le vent et la pression atmosphérique. Moi j’observe simplement que les copenhagois, par compassion, aurait quand même pu s’organiser pour nous apporter des chocolats chauds dans la queue.

 

Pour ma part, ces derniers jours, je suis passée par différentes phases. Initialement optimiste, puis en colère, puis préoccupée par les questions logistiques, j’ai fini par lâcher prise, en me promenant dans les rues de Copenhague et en écoutant un concert dans un pub du centre ville. Maintenant je suis résignée. Mais le sentiment qui a primé en moi ces derniers jours est difficile à décrire. C’est plutôt un mélange d’inquiétude ou d’inconfort, lié à la difficulté de prendre une décision avec tant de paramètres inconnus, et avec une réalité difficile à accepter. Que faire, rester et attendre que la situation se débloque, ou partir dès que possible ? Par où rentrer, comment m’y prendre? Ai-je bien pris la bonne décision ? Pourquoi n’ai-je pas pris la bonne décision ? Ma position venait elle d’un choix d’attendre un peu, espérant que la cohue des premières heures se calmerait…ou bien du refus d’accepter l’idée d’un retour chaotique ?

Peu importe, je fais la queue, et me réveille peu à peu au milieu de ces inconnus, dans ce hall de gare plein de courants d’airs.

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La petite sirène  posté le lundi 19 avril 2010 19:50

Finalement, un malheur peut amener aussi des bonnes choses, et étant bloquée à Copenhague, je vais pouvoir aller la voir, la petite sirène. A pieds je devrais en avoir pour une petite demi-heure, elle se trouve face au port. Je pars, mon plan à la main, et déambule tranquillement. Une fois arrivée près de l’endroit fatidique, dans le port, je sors mon plan et cherche à la localiser. Un groupe de 3 hommes asiatiques s’approche de moi. Ils ne parlent pas anglais, mais on essaie de communiquer tant bien que mal. Ils me montrent le plan, je leur donne, et ils indiquent la localisation sur la carte de cette fameuse statue, « the mermaid ». Je leur explique que je suis également à sa recherche. Une jeune femme passe par là, grande et blonde, elle a l’air d’être du coin. Je l’intercepte et lui pose la question. Un peu embarrassée, elle m’explique qu’effectivement la statue de la petite sirène se trouve habituellement par là, mais en ce moment, la statue est exposée en Chine. En Chine ? Une fois passé le stade de la surprise, j’essaie d’expliquer cela au groupe de chinois. En vain. Ne pouvant pas comprendre ce que je leur dis, ils repartent, envers et contre tous, à la quête de la statue. Mi déçue mi hilare, je les regarde partir. C’est quand même dommage d’avoir fait des milliers de km depuis l’Asie, pour venir voir une statue qui a été transportée en Chine. Quand à moi, je fais face à mon destin …mais je commence à me dire que j’ai pas trop de chance en ce moment.

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